Réforme TVA auto-entrepreneur : pourquoi le seuil unique est abandonné et ce qui change pour vous
Le cadre fiscal des micro-entrepreneurs a connu une période d’incertitude marquée par des annonces contradictoires. Entre les directives européennes visant à harmoniser les règles et les projets de loi nationaux, la confusion a longtemps régné autour de la réforme de la TVA. Initialement, le projet prévoyait l’instauration d’un seuil unique de 25 000 € pour toutes les activités. Face aux réalités économiques et à la pression des acteurs du secteur, le gouvernement a finalement fait marche arrière. Il est désormais essentiel de clarifier les règles en vigueur pour éviter une régularisation fiscale imprévue.
L’abandon du seuil unique : retour sur le calendrier législatif
Le projet de réforme, inspiré par la directive européenne 2020/285, visait à simplifier les échanges transfrontaliers en instaurant des règles communes de franchise de TVA. En France, une mesure phare avait été introduite : la création d’un seuil unique de 25 000 € de chiffre d’affaires, remplaçant les seuils différenciés. Cette perspective a suscité une vive inquiétude chez les prestataires de services et les commerçants, dont les revenus auraient été mécaniquement impactés par une collecte de TVA précoce.
La loi du 3 novembre 2025, dite « loi Midy », a mis un terme à cette incertitude en abrogeant la réforme qui devait initialement entrer en vigueur au 1er mars 2025. Le législateur a reconnu que le passage à un seuil aussi bas aurait pénalisé des milliers de micro-entreprises, réduisant leur compétitivité. En conséquence, les règles de la franchise en base de TVA restent basées sur le système de double seuil actuel.
Les raisons de cette suspension
Plusieurs facteurs expliquent ce revirement. Le nombre d’entreprises concernées, estimé à plus de 200 000, représentait un risque économique majeur. De plus, la complexité de mise en œuvre d’un seuil unique dans un pays où les disparités entre achat-revente et prestations de services sont structurelles rendait la mesure inéquitable. Une petite structure de vente ne peut pas supporter les mêmes contraintes de TVA qu’un consultant avec le même chiffre d’affaires, compte tenu de ses marges réduites.
Les seuils de TVA actuels : les chiffres à surveiller
Puisque la réforme du seuil unique est abandonnée, les auto-entrepreneurs doivent continuer de se référer aux paliers classiques. Il existe deux types de seuils : le seuil de base (ou seuil de franchise) et le seuil majoré (ou seuil de tolérance). Tant que vous ne dépassez pas le seuil de base, vous ne facturez pas de TVA. Si vous le dépassez tout en restant sous le seuil majoré, vous bénéficiez d’une période de grâce sous certaines conditions.

| Type d’activité | Seuil de franchise (base) | Seuil majoré (tolérance) |
|---|---|---|
| Vente de marchandises, fournitures, logement | 85 000 € | 94 300 € |
| Prestations de services (BNC et BIC) | 37 500 € | 41 250 € |
Le fonctionnement de ces plafonds est cyclique. Chaque euro facturé réduit votre marge de manœuvre. Si le volume d’affaires s’accélère brusquement, le réservoir de la franchise se vide avant la fin de l’année civile. Un dépassement ponctuel du seuil de base est autorisé pendant deux années consécutives, à condition de ne jamais franchir le seuil majoré. Cette gestion permet aux entrepreneurs de lisser leur croissance sans basculer immédiatement dans la complexité de la déclaration de TVA.
Le mécanisme du dépassement : quand facturer ?
Il existe deux scénarios de basculement vers le régime réel simplifié de TVA. Le premier concerne le dépassement du seuil majoré : si votre chiffre d’affaires franchit la barre des 94 300 € (vente) ou 41 250 € (services) en cours d’année, vous devenez redevable de la TVA dès le premier jour du mois de dépassement. Vous devez alors émettre des factures rectificatives pour les ventes réalisées depuis le début de ce mois.
Le second scénario concerne le dépassement du seuil de base deux années de suite : si vous réalisez un chiffre d’affaires compris entre le seuil de base et le seuil majoré pendant deux années consécutives, vous devrez facturer la TVA à partir du 1er janvier de la troisième année.
Conséquences pratiques et obligations de facturation
Tant que vous bénéficiez de la franchise en base de TVA, votre gestion reste simplifiée, mais elle exige une rigueur administrative. L’oubli d’une mention légale peut entraîner des amendes, même en cas de bonne foi.
La mention obligatoire sur vos factures
Pour justifier l’absence de taxe sur vos documents commerciaux, vous devez impérativement faire figurer la mention : « TVA non applicable – article 293 B du CGI ». Cette phrase indique à vos clients pourquoi ils ne voient pas de ligne de TVA. L’oubli de cette mention vous expose à une amende de 15 € par facture, dans la limite d’un quart du montant total.
La gestion des achats et la récupération de TVA
La franchise est une épée à double tranchant. Si vous ne collectez pas de TVA pour l’État, vous ne pouvez pas non plus récupérer la TVA sur vos propres achats professionnels. Pour un auto-entrepreneur ayant des charges importantes ou réalisant des investissements lourds, le maintien sous les seuils de franchise peut s’avérer moins rentable que le passage volontaire au régime réel de TVA.
Comment anticiper la transition vers la TVA
Le passage à la TVA ne doit pas être subi, mais anticipé comme une étape de croissance. Cela demande une révision de votre politique tarifaire et une rigueur comptable accrue.
Réviser ses tarifs pour préserver sa marge
Lorsque vous commencez à facturer la TVA, deux options s’offrent à vous. Vous pouvez maintenir vos prix TTC, ce qui signifie que vous absorbez le coût de la taxe et réduisez votre marge nette de 20 %. C’est une stratégie risquée si vos marges sont faibles. Alternativement, vous pouvez maintenir vos prix HT en ajoutant la TVA en sus. Pour vos clients professionnels, cela est neutre, mais pour les particuliers, cela représente une augmentation de 20 % qui peut freiner la demande.
Les démarches administratives
Dès que vous prévoyez un dépassement des seuils, contactez votre Service des Impôts des Entreprises (SIE) pour obtenir un numéro de TVA intracommunautaire. Ce numéro est indispensable pour vos déclarations et vos échanges au sein de l’Union européenne. Vous devrez ensuite définir votre rythme de déclaration, mensuel ou trimestriel, via votre espace professionnel sur impots.gouv.fr.
Bien que la réforme du seuil unique soit abandonnée, la vigilance reste de mise. Le cadre législatif de la micro-entreprise évolue régulièrement. En surveillant votre chiffre d’affaires et en comprenant les mécanismes de bascule, vous assurez la pérennité de votre activité tout en restant en conformité avec l’administration fiscale.
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